Hommage à Michel Bée (1940 – 2025)

C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le rappel à Dieu de Michel Bée, survenu le vendredi 24 octobre 2025…

Ancien professeur d’histoire à la faculté de Caen, son travail sur Paulin Enfert, initié en 2007 sous la férule du Père François Lainé, alors curé de la paroisse Sainte-Anne de la butte aux Cailles, s’était concrétisé en 2010 par une conférence et la publication dans la revue de Société d’Histoire et d’Archéologie du XIIIe « Paulin Enfert et le Patronage Saint Joseph ».

Membre fondateur de l’Association des Amis de Paulin Enfert en 2011, Michel à été à l’origine et au quotidien l’organisateur des archives de la Mie de Pain. Son travail servira à établir l’essentiel du rapport de 3000 pages envoyé à Rome à l’issue de la phase diocésaine dans le cadre de la Cause.

Membre de la Commission Historique lors de la phase diocésaine de la Cause de béatification de Paulin Enfert, c’est enfin grâce a ses démarches auprès de la Confédération Internationale de la Société de Saint-Vincent-de-Paul que nous avons trouvé le postulateur romain pour promouvoir la béatification de Paulin Enfert à Rome.

Discret, modeste, attentif aux autres, enthousiaste et toujours plein d’humour, Michel était toujours disponible pour aider à la préparation d’une exposition ou pour toute autre activité. L’exposition Ce Visage qui nous regarde, inaugurée le 17 octobre 2025 à l’occasion de la journée mondiale du refus de la misère à l’ARPE demeurera sa dernière œuvre…

Tout comme Paulin Enfert dont il fut le découvreur et le premier biographe, Michel Bée ne s’est pas éteint à Paris, mais dans sa résidence de vacances qu’il possédait, avec son épouse, à Saint-Jorioz, près d’Annecy, entouré des siens…

Merci, Michel, pour ce que tu a été pour nous, pour tout ce que tu as fait pour les Oeuvres de la Mie de Pain, l’Association des Amis de Paulin Enfert et pour la Cause de Paulin Enfert qui te tenait tant à coeur et dont tu as été la pierre angulaire…

Nous adressons toutes nos condoléances à son épouse Anny, à sa famille et à ses proches.

Homélie pour la messe de Requiem pour Michel Bée

Avec l’Association des Amis de Paulin Enfert et la paroisse Sainte-Anne

Mardi 16 décembre 2025

(évangile : Mt 21,28-32)

Cette parabole est très rassurante. Elle renvoie à une expérience que nous connaissons tous, et à une vérité dont on prend conscience quand on commence à avoir un peu de maturité : faire le bien n’est pas toujours évident. On n’a pas toujours « envie » de le faire. Le Seigneur ne nous en fait pas le reproche ; il connaît notre cœur ! Très souvent, on préfère dire « non » comme le premier fils de la parabole quand son père lui a demandé d’aller travailler à la vigne. Mais il a fini par y aller. Quant à son frère, il a répondu un « oui » apparemment plus sympathique, mais il n’y est pas allé. Et Jésus demande : quel est celui qui a fait la volonté du Père ? La réponse, nous la devinons, bien sûr.

Aimer, ce n’est pas une affaire d’envie, c’est une affaire de décision personnelle. Tant mieux si le « oui » vient spontanément à notre esprit et si on a « envie ». Ça arrive ! Reconnaissons que ce n’est pas toujours le cas. Qu’importe ! Ce que Dieu nous demande, c’est un amour en acte, qui se concrétise et qui aille jusqu’au bout. C’est d’adhérer à son vouloir. Saint Bernard nous dit que l’amour, c’est l’union de deux volontés, en vue du bien. Et le bien le plus grand, c’est l’amour, la charité que saint Vincent de Paul présentait comme une « grande dame ». Au XVIIe siècle, une « grande dame » avait de l’autorité et on lui obéissait ! Et cette grande dame, la charité, a mis saint Vincent de Paul au service des pauvres et des plus petits.

Paulin Enfert est bien un continuateur de saint Vincent de Paul. C’est parce qu’il a reconnu dans les enfants et les pauvres le visage du Christ qu’il s’est mis totalement à leur service, en commençant par Marcel qu’il a préparé à la communion, puis les autres enfants du quartier avec le catéchisme et le patronage, et tous les pauvres, en créant la Mie de Pain. Son œuvre immense n’a pas été affaire de caractère altruiste ou enthousiaste, mais de décision personnelle. On connaît l’épisode de son arrivée dans le quartier après son séjour à Gien, à la fin de la Commune. On se souvient du choc qu’il a ressenti quand il a découvert les cadavres des dominicains d’Arcueil, de ses voisins et de ses amis d’enfance massacrés pendant la Semaine sanglante. Cela l’a marqué, et en disciple du Christ, il a décidé de servir la Paix en diffusant la charité dans son quartier. Il y a consacré toute sa vie.

Nous prions aujourd’hui pour notre cher et regretté Michel Bée. Il a pris sa part lui aussi dans cette mission de charité. L’amour du Christ, il l’a vécu d’abord avec son épouse et sa famille, avec ses proches aussi, et au sein de la belle fraternité des Amis de Paulin Enfert et de la Mie de Pain. Mais aussi par son travail d’historien, en mettant son énergie et son temps au service de la cause de béatification de Paulin Enfert et au service de la Mie de Pain. Avec la rigueur universitaire qui caractérisait son travail, la précision des mots et la qualité de la langue, et cet art de toujours aller chercher aux sources (il m’a fait part de sa joie quand il a retrouvé la même attitude chez un jeune historien qui rejoignait son équipe !) : le sérieux du travail intellectuel, tel qu’il l’a mené, est aussi une forme de la charité. Vous êtes plusieurs à en avoir été témoins, et à avoir travaillé à ses côtés. Était-ce parce qu’il avait « envie » ? La question n’est pas là, nous l’avons compris. Ce n’était pas non plus par simple goût du travail intellectuel. C’était surtout parce qu’il a reconnu dans cette cause le moyen de servir la Charité, et il l’a servie, jusqu’au bout. Nous voulons en rendre grâces à Dieu.

Que Dieu l’accueille dans son éternelle lumière.

This entry was posted in 2025. Bookmark the permalink.